Tournants et transition de vie
Deux raisons d’aborder ce sujet
1/ Car en tant qu’être humain, au cours de notre vie, nous vivons en permanence des transitions. En réalité, notre vie est une succession de changement et de transition. Mariage, séparation, maladie, burn out, déménagement, retraite, changement personnel ou familial, « positif ou négatif », « grand ou petit », un changement n’est pas un événement isolé.
2/ Car notre société, notre monde, notre époque, notre civilisation est en train de vivre une transition. En ce moment, une crise économique et sociale est en cours. Et le sujet est d’autant plus d’actualité pour certains. Plan social, plan de départ volontaire, licenciement, tout cela risque de nécessiter pour un grand nombre, une réorientation professionnelle et personnelle.
La vie marquée par des grands tournants
- La transition entre le jeune enfant et l’adulte
- La transition entre la dépendance et l’autonomie (un grand tournant qui peut aller de 18 ans à plus de 50 ans)
- La transition du « milieu de vie »
- La transition vers la vieillesse, la retraite
- La transition de la maladie vers la santé
Sommes-nous préparés ?
Non, car notre société aborde l’être humain comme un objet.
Notre modèle nous conçoit comme un produit avec une phase de production, d’utilisation, puis de mise au rebut. Cette tendance à traiter l’homme comme une machine conduit à une grave incompréhension de la nature humaine. En tant qu’être humain, nous avons des passages de vie, des crises prévisibles de l’âge adulte.
Mieux les comprendre nous permet de mieux les vivre. En réalité, tout être humain connaît deux grands basculements qui s’opèrent tout au long de notre vie. Je parle souvent d’un temps de « construction » puis d’un temps de « déconstruction ».
Le premier basculement marque la fin des vieilles dépendances et l’émergence d’un être social distinct.
Le deuxième basculement va au-delà de ce processus de séparation pour aborder une réalité plus complexe, marquée par un sentiment d’interdépendance.
La troisième phase de la vie se caractérise par un mélange de ces deux influences.
Nos expériences passées, dès la plus tendre enfance modèlent nos transitions ultérieures. Un autre volet important est la construction d’une entité propre : on devient quelqu’un d’autre que simplement l’enfant de ses parents.
Qu’est-ce qu’un un adulte ?
Un adulte est une personne qui a construit sa propre structure psychique, indépendamment des codes extérieurs.
Les travaux du psychologue Erik Erikson ont éclairé ce processus de formation de l’identité. Carl Gustave Jung en a parlé également autour de son processus d’individuation.
« C’est la transition réussie qui assure le succès d’un changement,
qu’il soit professionnel, personnel ou organisationnel »
Meryem Le Saget auteur du Manager Intuitif
Quelle différence entre une transition et un changement ?
Un changement est relié à un événement extérieur choisi ou subi. Il est souvent motivé par un objectif à atteindre ou par une douleur à éviter. Il peut se réaliser assez rapidement. Si on change de mode de vie, c’est parce qu’on commence à chercher autre chose, parce que les vieilles habitudes ne conviennent plus, parce qu’intérieurement, on est devenu quelqu’un d’autre.
Une transition est un processus interne à traverser et à vivre pour intégrer émotionnellement et psychiquement le changement. La transition commence souvent par un renoncement. Ce renoncement porte sur des choses qui ne sont plus adaptées à la nouvelle phase existentielle que l’on s’apprête à aborder.
Quelle que soit la chose à laquelle on doit renoncer, il s’agit toujours d’une réalité intérieure.
La transition elle-même débute par un renoncement moral à quelque chose que l’on a toujours cru ou supposé, à une vision de soi-même, à une façon d’être ou à une vision du monde ou des autres.
Elle prend du temps à s’accomplir.
Une transition génère une période de doute, d’adaptation et d’introspection, souvent difficile à vivre. Cette phase de « transition » est essentielle et peut constituer une réelle étape d’épanouissement dans notre vie. Plus qu’une crise c’est souvent une opportunité de réévaluation et d’évolution.
Des changements provoquent des transitions et inversement.
Le modèle d’Hudson utilisé en coaching
Les trois phases d’une transition
La meilleure illustration, meilleure image que je puisse utiliser est celle de la mutatioon de chenille en papillon.
Il y a des « petites » transitions et des « grandes » transitions.
Les dizaines en sont l’exemple assez significatif. La quarantaine, dite « crise de milieu de vie » souvent la plus déroutante. Mais on ne peut réduire nos vies à ces dizaines, ces phases dans nos vies. C’est un peu plus complexe et dépend de l’histoire de vie de chacun.
Les trois grandes phases d’une transition sont le deuil, la zone neutre et la renaissance.
Des grandes étapes communes dès le départ : une fin, suivie d’une période de confusion et de vide et de détresse conduisant à un nouveau départ pour un moment de vie qui retrouve sa lisibilité et son sens.
Des rites de passage existaient dans certaines sociétés traditionnelles et qui permettaient de structurer les transitions de la vie. Des cérémonies comportaient 3 phases : Séparation, transition et incorporation.
1. Renoncer
Toute transition commence par une fin.
Pour pouvoir ouvrir un nouveau chapitre, il faut savoir refermer le précédent, y compris au plus profond de son âme, là où persiste l’attachement aux personnes et aux lieux qui nous définissaient.
Bien vivre une transition nécessite de s’interroger sur sa façon personnelle de gérer les fins.
Pour cela, réfléchissez aux grandes fins qui ont ponctué votre parcours. Remontez à votre prime enfance et remémorez-vous vos premières expériences de cet ordre. Notez toutes les fins auxquelles vous a été confronté.
Chacun d’entre nous développe une réaction-type face aux fins. Le volet psychologique de cette réaction-type est un état d’esprit ou une humeur qui, comme l’air que l’on respire, peuvent devenir si habituels que l’on n’en a plus conscience.
Vous constaterez probablement que vous êtes replongé dans ce même état d’esprit chaque fois que vous êtes confronté à une fin.
Quelle que soit l’attitude que l’on adopte face aux fins, elles représentent la première phase de toute transition.
2. La zone neutre
Au milieu, la zone neutre, un temps essentiel de réorientation.
« Atteindre le vide parfait, c’est se fixer fermement dans le repos »
« Pratiquer le Non-agir, c’est œuvrer dans l’inaction,
goûter ce qui est sans saveur »
Lao Tseu / Tao Te King
Dans les civilisations anciennes, l’être humain en transition quittait son village pour un endroit inconnu de la forêt ou du désert. Il y restait un certain temps, coupé des rapports sociaux, de l’identité et de la réalité qui l’avaient composé jusque-là. C’était une phase d’entre-deux au cours de laquelle le chaos fondateur à l’origine du monde recommençait.
C’est un espace-temps, vierge, où, peu à peu, on peut se découvrir une nouvelle identité.
« Le retour symbolique au chaos est indispensable
à toute nouvelle Création »
Mircea Eliade
En ce sens, le chaos n’est pas simplement un grand désordre, mais l’état primaire d’énergie pure auquel l’individu (ou l’organisation, la société ou toute autre société en transition) doit retourner pour tout véritable nouveau départ.
Ce chaos peut faire peur, mais ce chaos n’est autre que la vie elle-même, non encore modelée par des objectifs et une identification.
Dans un premier temps, il ne faut pas chercher à sortir de l’ornière, mais à y entrer plus profondément. Il faut d’abord amplifier et intensifier l’expérience de la zone neutre pour pouvoir en sortir.
3. Un nouveau départ
Ce n’est qu’après le renoncement et une zone neutre qu’un être peut se renouveler, se réinventer. Il doit d’abord avoir été changé et régénéré par la déconstruction des structures et points de vue de son ancienne vie et par le passage à vide de la zone neutre.
Cette réalité, cette vérité, va à l’encontre de notre culture mécaniste. Et c’est bien pour cela que le mal-être persiste dans nos sociétés.
On oublie souvent que la plupart des nouveaux départs sont indirects et discrets, alors qu’on s’imagine qu’ils prennent la forme de mesures conscientes et radicales.
« Toutes les entreprises humaines commencent dans le désordre »
John Galworthy (romancier)
Le nouveau départ se fait généralement dans un chaos créateur. Pour réussir un changement, une transition, il est nécessaire de traverser ces 3 phases. Une phase nécessaire pour faire advenir un être plus développé, plus éveillé, renaître à Soi, tout simplement. Une renaissance vitale à son évolution, jusqu’à la prochaine mort.
« Être en transition » – 4 règles
1/ Quelque chose nous ramène toujours vers nos activités précédentes…
2/ Tout changement ou toute transition commence par une fin
Pour pouvoir ouvrir un nouveau chapitre, il faut savoir refermer le précédent, y compris au plus profond de son âme, là où persiste l’attachement aux personnes et aux lieux qui nous définissaient.
3/ Même si nous avons intérêt à comprendre notre stratégie face aux fins, notre inconscient se battra comme un beau diable pour nous empêcher d’y voir clair.
4/ Entre la fin d’une phase et le début d’autre autre, il y a un important passage à vide.
C’est l’ordre des choses, comme les saisons.
« Ce que nous nommons le commencement est souvent la fin.
Finir, c’est commencer. La fin est là, d’où nous partons… »
Thomas Stearns Eliot
Est-ce facile de vivre une transition ?
Non, il est extrêmement difficile de vivre une période de transition. Pourtant, la phase d’isolement, de solitude me paraît indispensable.
Néanmoins, nombre de nos « problèmes » et de nos « rechutes » s’expliquent par des transitions antérieures mal vécues, refoulées ou trop rapides. Un temps de maturation est nécessaire et un accompagnement souvent nécessaire pour donner du sens au changement et à la transition intérieure profonde. En effet, le risque est que quelque chose nous ramène toujours à nos activités précédentes.
La zone neutre est une phase extrêmement difficile. Chacun espère en sortir le plus rapidement possible, les uns pour se précipiter vers l’avenir, les autres pour revenir dans le passé.
Même si nous connaissons les processus, notre inconscient se battra pour nous empêcher d’y voir clair. Il y aura toujours des résistances au changement de la part de notre inconscient, des fidélités inconscientes qu’il faudra détecter afin de se donner les bonnes permissions.
Entre la fin d’une phase et la suivante, il y a toujours des passages à vide difficiles à surmonter ou à expliquer seul(e) car renoncer à une réalité intérieure est souvent compliquée. C’est la raison pour laquelle les transitions sont souvent associées à un « voyage héroïque ».
Dans l’univers des héros grecs, Ulysse vient d’accomplir un tour de force unique : renoncer à son identité.
« Une forêt qui pousse fait moins de bruit que la chute d’un arbre »
Conclusion
Quelques soient les changements, choisis ou subis, les changements dans nos rapports aux autres /Les changements dans notre vie familiale / Les changements personnels / Les changements professionnels et financiers relèvent de notre capacité à trouver de nouveaux équilibres.
2 questions
1/ A quoi le temps est-il venu de renoncer ?
2/ Qu’est-ce qui, en coulisses de votre vie, attend de faire son entrée en scène ?
Une nouvelle vie n’est possible sans la mort de l’ancienne. Pour obtenir ce que l’on souhaite, il faut d’abord savoir renoncer à certaines choses.
« L’homme est grand, non par ses buts, mais par ses transitions »
Ralph Waldo Emerson
Au niveau mondial :
Cette importante transition, que l’humanité est en train de vivre, que l’occident n’a su ni nommer, ni conceptualiser, ni expliquer, ni nous y préparer, est ainsi décrite par l’historien des religions Huston Smith :
« Le temps est venu pour l’individu d’entreprendre sa véritable éducation d’adulte, de découvrir qui il est et le sens de la vie.
Quel est le secret de ce « je » qu’il a fréquenté si intimement toute ces années, mais qui reste un étranger ?
Qu’est-ce qui se cache derrière la façade du monde, l’animant, l’ordonnant – et dans quel but ? »
Huston Smith

Arnaud Joubaire
Arnaud JOUBAIRE est coach, conférencier et formateur depuis plus de 30 ans
30 ans d’expertise au service de votre affirmation, de votre croissance individuelle, de votre bien-être et de votre santé intégrale !


